Philippe Bréson

Présentation

J’ai 11 ans et, ça y est, j’ai un laboratoire photo dans ma chambre avec un agrandisseur.

L’année précédente, un oncle, m’a appris à tirer.

À 14 ans, j’intègre un photo club à Nîmes. Un soir où je prends la défense d’une image de Ralph Gibson que je viens de découvrir, je reçois une volée de bois vert de la part des autres membres qui ne jurent que par Cartier Bresson et David Hamilton. J’apprends la marginalité.

La bibliothèque municipale de Nîmes, où je consulte les magazines photos, est tenue d’une main de fer par un dragon qui rhabille à grands coups de tampon toutes les photos de nu des publications. Les chef-d’œuvres de Sougez, Albin-Guillot, Koppitz et Man ray sont méthodiquement caviardés par la mention « Bibliothèque Municipale Ville de Nîmes ». Je lui dois beaucoup, c’est grâce à elle que des années plus tard, je maculerai et je rayerai mes négatifs qui deviennent un matériau pour la fabrication de mes photographies.

Je n’ai jamais voulu être un photographe “professionnel“, c’est l’anthropologie qui me passionne… mais pas les études. Je sèche les cours, mais ne manque aucune manifestation. Je connais tous les reporters de Montpellier et ils me connaissent tous. Un micro scoop hyper local me gratifie d’une garde à vue et de ma première vraie parution. C’est décidé, je serai reporter. Je n’ai pas 20 ans, une bande de jeunes journalistes viennent de monter un hebdo indépendant à Montpellier, ils m’adoptent. L’aventure du journal ne sera pas très longue, mais je pratiquerai le photojournalisme pendant plusieurs années. Je collabore aussi avec beaucoup d’artistes, peintres, sculpteurs, vidéastes, chorégraphes, musiciens. J’ai trouvé ma famille. Je ferai ma première exposition autour de la danse Butô dans une galerie de Montpellier.

L’activité d’un reporter devient vite routinière. En 1989, je finis par quitter le Midi pour Paris. Les labos photos recrutent à tour de bras. Je passerai cinq ans dans plusieurs labos couleur et noir et blanc. J’apprends, je teste, etj’expérimente.

Le vidéaste Michel Jaffrennou avec qui je travaille régulièrement me pousse à m’investir davantage dans la création. Je retourne dans la presse. Les salaires sont confortables, l’environnement professionnel est stimulant. Je mène de front mon métier de directeur photo et mon activité artistique. J’expose de plus en plus. Je décroche une bourse du Ministère des Affaires étrangères. En 1993, je suis en résidence en Autriche pour photographier dans le musée d’histoires naturelles. Un rêve. Toutes les portes me sont ouvertes, des caves au grenier. J’ouvre des caisses non inventoriées qui ont plus d’un siècle. Une expo et un livre clôturent cette aventure. À Vienne, j’ai vu pour la première fois des tirages originaux à la gomme bichromatée. Internet n’existe pas encore, les manuels qui en parlent date de 1880. je passe des mois à obtenir une vague trace photographique. Je n’ai plus qu’un seul mot d’ordre : « tant que ça ne marche pas tu continues et quand ça marche, tu ne t’arrêtes pas ». Ce mantra m’accompagne toujours.

J’expérimente tous les procédés qui me touchent. J’aime le papier et les images spectrales et le noir d’ivoire.

En 2010, je quitte définitivement la Presse. Je me consacre à l’enseignement de la photographie et à la formation tout en poursuivant mes expérimentations. Je construis des appareils photos minimalistes en greffant des lentilles en plastiques sur des épaves de vieux boitiers d’avant-guerre. J’hybride et je détourne les procédés ancestraux et les images numériques issus des scanners. J’essaie de fabriquer tout ce qu’il m’est possible de fabriquer pour reprendre la main, tenir les standards industriels à distance, réduire les coûts et l’impact écologique de ma production.

Ma rencontre avec La Capsule au Bourget me sort d’un relatif isolement. J’y trouve l’environnement et les moyens qui me permettent de développer mes compétences et ma production. Mes projets deviennent plus construits et plus ambitieux. Je travaille sur le temps long. En 2018, l’exposition Cicatrices sur les paysages des champs de bataille de la Grande Guerre est l’aboutissement de sept ans de travail.

Je suis résident à La Capsule depuis 12 ans. En tant qu’artiste associé, j’accompagne et je coordonne différents projets, je participe aux commissariats d’exposition, à la scénographie et aux médiations des expositions. Mes dernières expérimentations portent sur la mise au point de procédés pigmentaires à faible impact écologique en couleur ou à base de poudres minérales. Mes recherches actuelles portent sur la matérialité de l’image et l’iconographie des sciences naturelles.

 

Démarche

Le tirage argentique est au cœur de ma démarche. C’est la phase de la libération de l’image qui se produit dans la chambre noire qui me motive, bien davantage que celui de sa capture lors de la prise de vue. Je traite souvent le négatif comme un matériau. Je le raye, le tache, le découpe, le remonte. J’hybride et je détourne les procédés classiques comme la gomme bichromatée, le collodion humide, le cyanotype … 

Je construis souvent des appareils photos minimalistes en greffant une lentille en plastique sur des épaves de vieux boitiers d’avant-guerre. Je fabrique tout ce qu’il m’est possible de fabriquer pour reprendre la main, tenir les standards industriels à distance, réduire l’impact écologique de ma production. Je fabrique aussi mes cadres. Je travaille sur le temps long. 

Mes expérimentations portent sur la matérialité de l’image et de son support. Mes dernières recherches se concentrent sur la mise au point de procédés pigmentaires à faible impact écologique en couleur ou à base de poudres minérales. 

Les traces dans le paysage, la mémoire, l’iconographie des sciences naturelles et le mystère des images font partie de mes champs d’investigations. 

Je cherche à produire des œuvres singulières et durables. Les pièces sont produites en très petites séries ou sont souvent uniques. Ma démarche est fondamentalement éthique. C’est une recherche de sens. 

 

pêcheurs et enfant au bord de l'eau au Cambodge photographie noir et blanc